Coups de cœur Romans Français 2025
Cette sélection de 26 romans français tourne presqu’exclusivement autour de trois grands ensembles thématiques : les secrets et fractures familiales, les violences (sociales, intimes, historiques) et la quête d’identité dans un monde abîmé. Beaucoup mettent en scène des personnages (réels ou fictifs) endeuillés ou cabossés qui tentent de retrouver un sens à partir d’un passé traumatique.
Familles, filiations, mères et fils
Plusieurs titres questionnent la famille, la filiation et ce qu’on hérite (ou refuse d’hériter) de ses parents. Mon vrai nom est Elisabeth mêle enquête familiale et récit de soi autour d’une arrière‑grand‑mère internée, d’un secret de folie et de lettres retrouvées. La maison vide explore sur plusieurs générations une maison ancestrale, les figures oubliées et humiliées (surtout des femmes), en travaillant la mémoire, le deuil et les émotions comme la solitude et la jalousie. La question des parents face aux enfants en danger apparaît dans Vous parler de mon fils, récit sur le harcèlement scolaire ayant conduit à la mort de leur fils, où s’expriment la culpabilité, l’impuissance et la colère.
Violences, traumatismes et domination
Mon vrai nom est Elisabeth met au jour la violence psychiatrique et patriarcale subie par une femme qu’on a dite « folle », et interroge comment la littérature peut scruter ces imaginaires oppressifs. La maison vide et Un avenir radieux intègrent les violences de l’Histoire (guerres mondiales, guerre froide, Algérie), leurs traces dans les corps et les lieux, et ce qu’elles font aux descendants. Vous parler de mon fils traite frontalement la violence du harcèlement scolaire et la défaillance des institutions face à cette souffrance. Le monde est fatigué, roman noir à la Tarantino, met en scène une sirène professionnelle amputée obsédée par la vengeance contre le conducteur qui l’a laissée pour morte, tout en dénonçant l’impunité des puissants, les lâchetés individuelles et même la violence écologique (îles de plastique, destruction des océans). Cette héroïne monstrueuse et flamboyante préfèrera les abysses à cette société corrompue. Mais surtout, il ne faut pas oublier d’évoquer La nuit au cœur de Natacha Appanah récit portant sur l’emprise et les violences conjugales…Indispensable et terrifiant.
Identités cabossées et monde en crise
Un avenir radieux joue sur l’ironie du titre : les Trente Glorieuses y sont décrites comme le moment où se mettent en place capitalisme débridé, nucléaire, agriculture intensive et consumérisme qui engendreront nos crises écologiques et sociales actuelles. La bonne mère, premier roman, met en scène une jeune femme partagée entre le milieu ouvrier d’origine et un monde bobo et universitaire, questionnant ainsi l’appartenance sociale et les difficultés de l’émancipation féminine.Mon vrai nom est Elisabeth, à la lisière de plusieurs genres, montre une narratrice qui se reconstruit en revisitant son histoire familiale et en transformant un « fantôme effrayant » en figure d’identification, donnant à la quête d’identité une dimension à la fois intime et politique.