Il était une fois… le catalogage
Derrière chaque livre se cache une histoire… et pas seulement celle qu’il raconte. En médiathèque, un conte comme Le Petit Chaperon rouge n’existe pas seulement par sa version originale : il vit à travers ses multiples traductions, adaptations, réécritures, illustrations et supports. Le rôle du catalogage est précisément de donner accès à cette richesse, en reliant les différentes facettes d’une même œuvre. À travers l’exemple du Petit Chaperon rouge, cet article propose de montrer comment le travail du catalogueur permet de structurer, de valoriser la diversité des expressions d’un même texte dans un catalogue enrichi et d'en faciliter la médiation auprès des publics.
Le conte comme point de départ
On l’oublie souvent, le conte est avant tout issu d’une tradition orale, transmise de génération en génération avant d’être fixé par l’écrit.
Le Petit Chaperon rouge doit sa notoriété à deux grands collecteurs :
- Charles Perrault (1628-1703), auteur français qui l’intègre dans son recueil Histoires ou contes du temps passé (1697) ;
- Jacob (1785-1863) et Wilhelm Grimm (1786-1859), qui en proposent une version allemande plus sombre au XIXe siècle.
Ces différentes versions ont marqué l’imaginaire collectif et donné lieu à des adaptations innombrables, y compris par les studios Disney. La fin du conte varie d’ailleurs selon les traditions : dans la version des frères Grimm, le chasseur sauve l’enfant et la grand-mère, tandis que dans la version de Perrault, le Petit Chaperon rouge n’échappe pas au loup.
Les illustrateurs du Petit Chaperon rouge
De nombreux illustrateurs ont proposé leur vision de ce récit universel. Parmi les plus marquants :
- Gustave Doré (1832-1883), dont le style minutieux a marqué les premières éditions illustrées ;
- Sara Moon (1941-…), dont les superbes photographies noires et blanches ont marqué l’édition jeunesse plus habituée aux dessins.
- Lisbeth Zwerger (1954-…), cette autrichienne a un style très reconnaissable. Elle fait des lavis d'encre rehaussés d'aquarelle dans des camaïeux de brun et gris-bleu. Elle a eu le prestigieux prix international Hans Christian Andersen en 1990.
Le rôle du catalogage
Pour rendre accessibles ces multiples créations, le catalogage est une étape essentielle. Cataloguer, c’est décrire, organiser et indexer un document pour en faciliter la recherche, l’identification et la consultation. Chaque document (livre, article, jeu, CD, DVD,…) reçoit une notice bibliographique normalisée, comprenant des éléments comme le titre, l’auteur, l’éditeur, la date, la langue, le sujet ou encore la cote de rangement, sans oublier l’accessibilité (grands caractères, braille, facile à lire....).
Le catalogage est possible grâce à un logiciel. À la médiathèque départementale, Syrtis suit la norme RDA et on trouve donc quatre niveaux pour décrire les documents qui correspondent à 5 tâches effectuées par les utilisateurs lors d'une recherche documentaire : trouver, identifier, sélectionner, obtenir, explorer.
Trouver : L'oeuvre
C’est l’idée de génie du créateur. C’est le niveau le plus conceptuel de la réalisation. Se trouveront diverses indications : le titre, le nom de l’auteur, la date et la langue d’origine de l’œuvre, le genre ou la forme.
Dans le cas du conte, on a fait le choix du type d’œuvre « titre littéraire » pour distinguer plus facilement les versions originales des adaptations et cela permet de faciliter la recherche dans notre catalogue.
Les Frères Grimm ont écrit leur Petit Chaperon rouge à partir du texte de Charles Perrault. Le catalogueur peut faire une relation d’inspiration entre ces deux œuvres. Le catalogue permet à l’usager de découvrir que ce texte a donné naissance à d’autres créations comme des jeux ou à des dessins animés, en relation d’adaptation.
Identifier : L’expression
C’est le passage de l’idée (œuvre) à une forme intellectuelle ou artistique. Dans notre cas du Petit Chaperon rouge, c’est à ce niveau que l’on retrouve, le narrateur pour un livre lu, les instrumentistes et voix, le coloriste. Une nouvelle traduction pour un classique donnera lieu à une nouvelle expression.
Sélectionner : La manifestation
C’est l’édition ou la production concrète d’une expression avec ses données de publication et de fabrication. On retrouvera à ce niveau les illustrateurs lorsque les illustrations sont peu nombreuses, ou encore les préfaciers et postfaciers. c’est à ce niveau que l’on recherchera les documents en large vision ou encore les publications adaptées aux personnes dyslexiques.
Obtenir : L’item
C'est l’exemplaire, il est indépendant et appartient à la bibliothèque acheteuse. Les indications présentes à ce niveau permettent de trouver le document dans la bibliothèque.
Explorer : les relations
Le catalogage ne se limite pas à une description matérielle. Il permet aussi de mettre en relation les documents, de regrouper les œuvres d’un même auteur ou de croiser les différentes versions d’un conte.
Ces nouvelles relations d’œuvres rendent le catalogue plus riche et transversal. En reliant ainsi les documents, le catalogue devient un véritable outil de découverte : il aide les lecteurs à comprendre le contexte d’une œuvre, à explorer un thème en profondeur et à naviguer de manière intuitive dans un ensemble parfois complexe de ressources. Cette organisation donne du sens aux collections et enrichit considérablement la recherche et la consultation.
Le Petit Chaperon rouge traverse les siècles, les langues et les supports, sans jamais perdre sa capacité à se réinventer. Derrière chaque version se cache le travail minutieux du catalogueur, véritable passeur entre les œuvres et leurs lecteurs. Le catalogage n’est pas seulement un acte technique : c’est un outil de médiation culturelle et de découverte. Grâce à lui, un simple conte devient un univers à explorer.